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Kabanga Michel Kayembe, Associé, Wavestone
Alban de Piedoue, Senior Consultant, Wavestone
Gestion d’actifs : les enjeux de l’administration de fonds pour 2030

Selon l'association européenne des fonds et de la gestion d'actifs (EFAMA), le niveau des actifs gérés par les sociétés de gestion en Europe a été multiplié par deux au cours des dix dernières années pour atteindre un peu plus de 20 mille milliards d’euros. En présupposant une croissance similaire, nous estimons, d’ici 2030, une évolution susceptible d’osciller entre 30 à 40 mille milliards d’euros d’actifs pour l’ensemble des 4.000 sociétés de gestion actives dans ce secteur. Plus de 70% de ces actifs sont détenus par les investisseurs institutionnels dont majoritairement les compagnies d’assurances et les fonds de pension. Les investissements effectués par les particuliers représentent un peu plus de 25% de ces actifs. L’hypothèse d’une croissance similaire à celle enregistrée à ce jour, nous permet d’anticiper plusieurs enjeux auxquels l’industrie des fonds devra faire face.

Vulgarisation des produits d’investissements

Pour augmenter l’attrait des particuliers aux produits financiers, la simplification de la codification et de la littérature relative à la présentation des produits financiers est l’un des défis de l’industrie des fonds. Malgré les changements apportés visant à protéger les investisseurs, la codification des produits financiers notamment le KID PRIIPS ou prospectus, bien que disponibles au grand public, restent difficilement compréhensibles. L’aménagement de la réglementation et du contrôle des investisseurs permettraient une plus large diffusion des fonds d’investissements à travers des nouveaux canaux de distribution tels que les réseaux sociaux et les géants du numérique (Google, Apple, Amazon, Baidu, Alibaba). A titre d’exemple, les procédures d’entrée en relation devraient être simplifiées pour fluidifier les transactions en ligne et permettre un traitement instantané des premières souscriptions effectuées par les clients. Les processus AML/ Know Your Customer, renforcés par les directives européennes notamment la 4ème directive mise en application au Luxembourg le 13 Avril 2018 (et la préparation de la 5ème directive) représentent un véritable défi en matière de vulgarisation des produits financiers non pas pour les particuliers mais pour les acteurs qui ont la charge du traitement opérationnel des opérations.

"L’aménagement de la réglementation et du contrôle des investisseurs permettraient une plus large diffusion des fonds d’investissements à travers des nouveaux canaux de distribution."

Digitalisation

La dématérialisation de la documentation telle que proposée actuellement par certains acteurs pour les clients institutionnels notamment favorise la simplification de l’accès aux produits financiers. Toutefois, à l’heure actuelle, la digitalisation se limite majoritairement aux activités « Front -Office ». En effet, à ce jour, la dématérialisation des pièces justificatives n’est pas totale car la documentation requise est importante et certains documents doivent être fournis avec une certification originale. Si la plupart des documents pourront d’ici 2030 être fournis via des plateformes sécurisées permettant leur authentification et la création d’une signature électronique, le traitement du risque par des outils informatiques intelligents ne saurait totalement remplacer l’analyse humaine, ne serait-ce que pour pouvoir croiser la typologie des investisseurs, les pays de résidence, les structures intermédiaires utilisées et in fine apprécier adéquatement le risque client.

Automatisation des processus Back Offices

Selon une étude réalisée par Wavestone Luxembourg en 2017, à peine un tiers des participants avaient exprimé la mise en œuvre d’intelligence artificielle et de logiciels dits Robotic Process Automation (RPA) dans leurs chaines d’administration de fonds afin d’améliorer les relations clients, augmenter la productivité sur les activités ayant déjà un niveau de maturité élevé, ou repenser certains modèles d’affaires. Compte tenu des coûts de mise en œuvre, nous estimons une évolution de ce chiffre entre 40% et 50% d’ici 2030. Ces approches supposent que les activités de «back-office » au sein de l’administration de fonds évolueront d’une logique d’exécution à une mutation progressive vers des opérations « analyse » en laissant l’exécution aux mains des robots !